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Qu'en est-il de la prière? Le matin, nous pensons aux heures qui suivront. Peut-être penserons-nous au travail de ce jour et aux occasions qui s'y présenteront de nous rendre utiles et secourables, ou aux difficultés particulières qui pourront surgir. Aujourd'hui, ce sera peut-être la suite d'une grave difficulté que nous n'avons pas encore résolue et qui nous reste de la journée d'hier. Notre première tentation sera de demander des solutions particulières à nos problèmes particuliers, ou la capacité de rendre à d'autres personnes les services qui, à notre avis, leur sont nécessaires. Dans ce cas, nous sommes en train de demander à Dieu de faire ce que nous voulons. Nous devrons donc examiner avec soin chacune de nos demandes pour en évaluer le véritable bien-fondé. Même alors, à chacune de nos demandes précises, il sera bon d'ajouter cette condition : "... si c'est là Ta volonté". Nous demandons tout simplement à Dieu de nous donner, tout le long de cette journée, de comprendre le mieux possible Sa volonté pour cette journée-là, et la grâce qui nous permette de l'accomplir. Au cours de la journée, lorsque nous devons faire face à certaines situations ou prendre des décisions, nous pouvons nous arrêter un instant afin de réitérer notre simple demande : "Que Ta volonté soit faite, et non la mienne". S'il s'agit de situations qui nous jettent dans une vive agitation, nous serons plus sûrs de conserver notre équilibre en répétant (si nous nous en rappelons) une prière ou une phrase particulière qui nous a impressionnés dans nos lectures ou nos méditations. Le seul fait de redire cette pensée à plusieurs reprises nous permettra souvent de dégager un conduit bloqué par la colère, la peur, la frustration ou quelque malentendu, et de revenir à l'aide la plus efficace entre toutes dans ces moments de tension: chercher la volonté de Dieu plutôt que notre volonté propre. Lors de ces moments critiques, si nous nous rappelons qu'il est préférable "de consoler plutôt que d'être consolé, de comprendre plutôt que d'être compris, d'aimer plutôt que d'être aimé", nous marcherons suivant l'esprit de la Onzième Étape. Évidemment, il est normal et compréhensible que revienne souvent cette question: "Pourquoi ne pourrions-nous pas soumettre directement à Dieu certains problèmes angoissants, et obtenir de Lui dans la prière des réponses sûres et précises à nos demandes?" On peut le faire, mais non sans risques. Nous avons vu des membres prier avec beaucoup de foi et de ferveur pour que Dieu leur précise la conduite à suivre dans toutes sortes de circonstances, depuis les impasses financières ou domestiques jusqu'à la correction de défauts mineurs, comme le manque de ponctualité. Assez souvent, toutefois, les indications qui nous semblent venir de Dieu ne sont pas du tout des réponses. On constate par la suite que ce sont des justifications inconsciemment cherchées, et avec de bonnes intentions. Le membre des AA, ou toute autre personne à vrai dire, qui tente de s'en tenir rigoureusement à ce genre de prière pour conduire sa vie, et qui s'adresse ainsi à Dieu de façon intéressée pour obtenir des réponses, devient un cas particulièrement déroutant. Devant toute objection ou critique sur sa conduite, il proclame aussitôt qu'il s'en remet à la prière pour éclairer toutes ses décisions, grandes et petites. Il ne se rend peut-être pas compte que la tendance bien humaine à se justifier et à prendre ses désirs pour des réalités ait pu fausser sa prétendue inspiration. Avec les meilleurs intentions, il est enclin à imposer sa volonté dans toutes sortes de situations et face à diverses difficultés, en se donnant la confortable assurance d'agir sous la dictée immédiate de Dieu. Aveuglé par une telle illusion, il peut évidemment causer les pires ravages sans en avoir la moindre intention. Nous succombons aussi à une autre tentation analogue. Nous nous formons une certaine idée de ce que nous croyons être la volonté de Dieu pour d'autres personnes. Nous nous disons: "Un tel doit obtenir la guérison de sa maladie fatale", ou "tel autre doit être soulagé de ses tourments émotifs", et nous prions dans ces buts précis. De telles prières sont sans doute de bonnes actions, en principe, mais elles s'appuient souvent sur la prétention de savoir ce qu'est la volonté de Dieu à l'égard de la personne pour qui l'on prie. C'est dire qu'une prière fervente peut ainsi s'accompagner chez nous d'une certaine présomption et de quelque prétention. L'expérience des AA nous apprend que, dans ces cas en particulier, nous devons prier pour que s'accomplisse la volonté de Dieu, quelle qu'elle soit, aussi bien pour les autres que pour nous-mêmes. Chez les AA, nous avons découvert que les résultats bénéfiques de la prière ne font aucun doute. Nous les connaissons et nous en avons fait l'expérience. Tous ceux qui ont persisté ont acquis une force qu'ils ne possédaient pas ordinairement. Ils ont trouvé une sagesse qui dépasse leur capacité usuelle. Ils ont aussi développé peu à peu une paix de l'esprit, qui se maintient dans les circonstances difficiles. Nous découvrons qu'on peut en fait obtenir des lumières pour guider sa vie, mais sensiblement dans la même mesure où l'on cesse de prier Dieu de nous les accorder sur commande et à nos conditions. Sauf exception, tout membre d'expérience chez les AA saura dire de quelle façon remarquable et inattendue il a vu prendre une meilleure tournure à ses affaires quand il s'est appliqué à améliorer son contact conscient avec Dieu. Il attestera en plus que toutes ces périodes de souffrance et de peine, où il nous semble que la main de Dieu est bien lourde ou même injuste, lui ont enseigné de nouvelles leçons sur la vie, lui ont fait découvrir de nouvelles ressources de courage, et finalement lui ont donné l'absolue conviction qu'en effet, "les voies de Dieu sont insondables dans l'accomplissement de ses merveilles." Tout cela devrait rassurer ceux que la prière rebute parce qu'ils n'y croient pas, ou parce qu'ils se croient coupés du secours et de la lumière de Dieu. Nous passons tous, sans exception, par des périodes où nous ne pouvons prier qu'au prix des plus grands efforts de volonté. Il nous arrive même d'être rendus encore plus loin. Nous sommes saisis d'un tel accès de révolte que nous refusons tout simplement de prier. Lorsque ces crises surviennent nous ne devons pas nous juger trop sévèrement. Nous devrions nous remettre le plus tôt possible à la prière, et faire ainsi ce que nous savons être dans notre intérêt. L'une des plus précieuses récompenses que peuvent nous apporter la prière et la méditation, c'est sans doute le sentiment d'appartenance que nous en tirons. Désormais, nous ne vivons plus dans un monde totalement hostile. Nous ne sommes plus perdus ou affolés, nous ne sommes plus sans but. Dès que nous pouvons, ne serait-ce qu'un instant, entrevoir la volonté de Dieu, dès que nous commençons à considérer la vérité, la justice et l'amour comme les vraies valeurs, les valeurs éternelles de la vie, plus rien ne vient nous bouleverser de tout ce qui semble être la preuve du contraire dans l'ordre purement humain qui nous entoure. Nous savons que Dieu veille avec amour sur nous. Nous savons qu'en nous tournant vers Lui, tout ira bien pour nous, ici-bas et dans l'au-delà.
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